Articles marqués avec ‘Googlization’

Le nouveau modèle économique des médias de masse

Written by Laura Puglisi. Posted in La Galaxie de Gutenberg, premier âge des "mass media", Les piliers des mass media : vers une modification des paradigmes, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

MOOC « Innovation, Médias et Transformation Digitale »

Il ne fait plus aucun doute, Internet et le numérique ont complètement bouleversé nos vies. Alors qu’aujourd’hui le monde entier surfe sur le web, les médias de masse se trouvent à un tournant de leur existence : leur modèle économique d’antan est chamboulé par les grands acteurs du numérique. Ce nouveau modèle ne met-il pas en péril le journalisme dans son ensemble ?

La création du World Wide Web a considérablement changé notre façon de vivre. Cette innovation a accéléré notre monde à une vitesse que personne n’aurait pu imaginer il y a une trentaine d’année. Petit à petit, Internet a touché tous les domaines possibles et aujourd’hui, il est au centre d’une problématique actuelle et récurrente : la crise des médias. En effet, la Googlization, ce phénomène d’expansion des technologies de recherche de l’entreprise homonyme dans divers marchés, semble radicalement changer le journalisme, quitte même à supprimer la profession telle qu’on la connaît aujourd’hui. Mais pourquoi ? Pour le comprendre, revenons d’abord sur le concept même de Googlization.

Le SEO, des entreprises aux médias

Toute entreprise de nos jours développe son positionnement sur Internet. Afin de donner plus de visibilité à un produit ou simplement à la marque, cette dernière a recours au procédé du Search Engine Optimization. Ce dernier consiste à augmenter le trafic sur la page web de l’entreprise en la référençant sur les moteurs de recherche. Mieux cette dernière est référencée, plus elle gagne en visibilité. Récemment, cette pratique s’est transposée aux médias. En effet, une étude menée en 2016 par Giomelakis and Veglis (Badillo, 2020) a démontré que les sites Internet des médias grecs ayant le plus de trafic étaient aussi ceux qui avaient le meilleur référencement. Il y a donc un effet direct entre les moteurs de recherche et le trafic sur les sites web des médias et de ce fait, sur la production médiatique en elle-même. En effet, cette recherche de trafic a donné lieu à ce que l’on considère comme le nouveau modèle économique des médias.

La Googlization, nouvel acteur économique

Il y a peu, le modèle managérial de base des médias était considéré « à deux versants »: il reposait d’une part sur les abonnements des consommateurs et d’autre part sur les annonces publicitaires. Avec l’avènement d’Internet, les annonceurs ont petit-à-petit délaissé les médias de masse classiques pour se tourner vers Internet, dont le coût est radicalement moins cher. En pleine crise, les médias ont donc dû trouver d’autres moyens de se financer et, c’est là toute l’innovation de ceux-ci ces dernières années, ils ont suivi le mouvement pour voir leur activité fleurir sur le web. L’utilisation du Search Engine Optimization par les médias leur est bénéfique car elle leur permet d’augmenter le trafic et ainsi récolter des données sur les internautes qui visitent leur site Internet. On parle ainsi d’un nouveau modèle économique car ce ne sont plus uniquement les abonnements et la publicité qui constituent le revenu principal des médias, mais bien la recherche de données (Badillo, 2020). De ce fait une question se pose : ce nouveau modèle a-t-il toujours pour objectif de produire de l’information ?

Le nouveau modèle économique tend à privilégier la recherche de données plus que la création de contenu de qualité. (Badillo, 2020)

Cette recherche constante de données afin de cibler le contenu à proposer aux consommateurs est à la base d’une destruction créatrice des médias (Badillo, 2020). En effet la recherche constante de données a détruit le modèle économique de base pour créer un nouveau système dans l’industrie, qui semble détruire le journalisme tel qu’il est connu aujourd’hui. Cette course aux données pousse les médias à proposer un contenu ciblé qui parfois n’est pas en accord avec leur ligne éditoriale et cela uniquement afin de créer du trafic. Une pratique qui tend vers une limitation de la créativité. Les plateformes de réseaux sociaux et les moteurs de recherche valorisant désormais l’information, ces derniers incitent les organismes de presse à produire un certain type de contenu, comme les vidéos, ou en dictant les activités éditoriales au travers des normes de conception. Les plateformes et les moteurs de recherche sont donc devenu explicitement éditoriaux de contenu (Badillo, 2020).

Ainsi, le numérique, et en particulier le concept de Googlization, bouleverse le journalisme et les trois piliers des médias de masse que sont la production, la conception et la diffusion de l’information. Une notion que ma collègue Eva MacNeill a approfondi dans son article « Les piliers des médias traditionnels ou la pression des changements de réseaux » que nous vous invitons à lire pour approfondir le sujet.

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Références

Article en cours de publication chez Ringier Axel Springer : Badillo, P.-Y. (2020), Innovation and Media: Googlization and Limited Creativity.

Badillo, P.-Y. « Module 1 : Innovation et médias » [notes prises dans le cadre du cours Innovation, médias et transformation digitale], Université de Genève.

Ville de Genève (12 juin 2019). ActMédia – 14 septembre 2018 | Googlization et concentration des médias. Consulté à partir de https://www.youtube.com/watch?v=9wKK9hteXpE 

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Sven Grossenbacher 

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L’innovation médiatique est-elle vraiment créatrice ?

Written by Laura Puglisi. Posted in La première ère de la transformation digitale E-commerce et Longue Traine, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

Genève, avril 2020 – La leçon 1 de ce mooc “L’innovation ou la destruction créatrice des médias” apporte une réflexion sur le paradoxe que vivent les médias actuellement. La digitalisation et même la “googlisation” des médias a bouleversé le type de contenu proposé par les médias, qui ont dû se tourner vers le digital afin d’obtenir plus de trafic en ligne, de données et de publicité. Ce nouveau modèle économique a considérablement modifié les processus de production et de diffusion, mais qu’en est-il de la qualité du contenu journalistique?

Googlisation, PTD… qu’est-ce que c’est ?

Traditionnellement, on parle de “marché à deux versants” pour désigner le modèle économique des médias. Or, l’innovation actuelle d’internet a poussé la presse des pays développés à se tourner vers un nouveau marché qui inclurait l’audience digitale. On parle alors de “marché PDT” : publicité, données,Data Science – Mastertrafic. Ce modèle, inspiré par le géant Google, est centré sur les trafics en ligne, les données des visiteurs et la publicité comme source de revenu. Grâce à cette googlisation, les médias pourraient devenir une source importante dans la récolte d’informations sur les préférences des consommateurs.  Les journalistes ont donc dû repenser leur travail afin de prendre en compte ces nouveaux objectifs digitaux, ce qui implique notamment une innovation au niveau technologique. Mais pour autant, la qualité du contenu ne semble pas avoir énormément évolué.

Audience ou qualité du contenu : faut-il vraiment choisir ?
La baisse des ressources traditionnelles de la presse écrite a poussé les rédactions à se tourner vers des contenus attractifs en terme d’audience, afin de générer des revenus publicitaires. La digitalisation des médias a apporté un certain nombre de processus innovants et créatifs, notamment les contenus vidéos, l’interaction avec le public etc. Mais à côté de cela, on peut s’interroger sur la qualité des contenus. La presse est désormais en partie guidée par ses objectifs de produire du trafic, des données et de la publicité, ce qui laisse parfois de côté la créativité et la qualité des contenus. Comme exemple actuel, on peut citer le nombre effarant de fake news circulant autour de la crise sanitaire. Pourquoi des informations fausses sont-elles relayées? Peut-être par manque de temps, qui empêcherait de vérifier l’information des autres/de produire son propre contenu original.
Aujourd’hui, “le véritable défi pour les médias et la société est de stimuler la créativité pour produire de l’information et améliorer la qualité de l’information.” (Badillo et Bourgeois, 2018)

LG

 

Sources :
BADILLO, Patrick-Yves, BOURGEOIS, Dominique. Les mutations des médias : quel modèle de
destruction « créatrive » ? Analyse théorique et étude de cas des médias suisses. Actes du
congrès de la SFSIC 2018, Création, créativité et médiations. MSH Paris Nord : [s.n.], 2018.
BADILLO, Patrick-Yves. Réorganisation des médias : la « presse » d’information en France,
entre destructions et créations. In: Pélissier, Nicolas & Maas, Elise (Ed.). Vers une culture
médi@TIC? – Médias, journalisme et espace public à l’épreuve de la numérisation. Paris :
Editions l’Harmattan, 2015.

Fake News : La maladie numérique du 21ème siècle

Written by Laura Puglisi. Posted in "Googlization" et transformation digitale, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

Fake News: La maladie numérique du 21ème siècle

La disparition progressive d’une information de qualité au détriment de l’intox s’insère directement dans le contexte de la «Googlization des médias» et plus largement de la transformation digitale. Devenez des défenseurs avertis de l’information en seulement 5 minutes de lecture ! L’institut Medi@LAB de l’Université de Genève, autour du MOOC «Innovation, Médias et Transformation digitale», vous donne des réponses.

Fake News: Un terme à la mode aujourd’hui, mais d’où provient-il ?

Source Buzzsumo

Le 10 décembre 2016, environ un mois après son élection, Donald Trump utilise pour la première fois l’expression «fake news» dans un tweet. Au départ, le Président américain pointait du doigt les médias véhiculant des informations néfastes à son propos. Mais le phénomène a pris de l’ampleur… et s’étend en 2020 à l’échelle mondiale.

Bien que ce concept soit largement utilisé de nos jours, une fake news désigne avant tout de faux articles, des informations erronées et partagées en masse sur les réseaux sociaux. Qu’il s’agisse de l’intention de l’émetteur (désinformation) ou d’une erreur (misinformation), les fake news sont en croissance exponentielle. Les réseaux sociaux ouvrent ainsi un nouveau chapitre de l’information, parfois appelé «ère de la post-vérité».

Le numérique: Acteur et coupable ?

Internet est considéré comme le 6ème média de masse, avec pour particularité la personnalisation des contenus et l’interactivité des internautes sur la Toile.

Cliquez pour agrandir! Source Statista

ATAWAD: Any Time, Any Where, Any Device. Cet acronyme résume parfaitement le monde numérique actuel, basé sur une indispensable mobilité. Les utilisateurs sont poussés implicitement à une consommation de masse de l’information, disponible en tout temps, en tout lieu et sur n’importe quel support. Les mobinautes sont actuellement plus nombreux que les internautes à l’échelle mondiale! Considérez que près de 70% de la population sur Terre navigue sur son smartphone, c’est-à-dire plus de 5 milliards d’individus!

De nombreuses expressions et néologismes ont vu le jour, décrivant alors cette surabondance de l’information en ligne.

  • «Infobésité» : contraction d’information et d’obésité
  • «Digital tsunami» (BADILLO & BOURGEOIS, 2015)
  • «Désordre informationnel» (WARDLE & DERAKHSHAN, 2017)

Finalement, elles signifient toutes la même chose: une avalanche d’informations.

La presse s’effondre dangereusement: Quels enjeux ?

Comme nous l’avons vu dans notre premier article, les piliers de la presse traditionnelle s’écroulent. Les réseaux sociaux numériques, tels que Facebook, occupent donc le terrain de l’information et s’apparentent à des acteurs indétrônables, dans la logique de «the winner takes all». Puissants et impitoyable, ils s’imposent dans le paysage médiatique de notre siècle.

D’un point de vue économique, la course au trafic et la monétisation des données amènent une défaillance de marché pour produire de l’information de qualité.

En conséquence, la crise de confiance dans les médias traditionnels grandit, car ceux-ci n’inspirent plus confiance aux lecteurs, qui perdent petit à petit goût à l’actualité…

On aperçoit également se dessiner un risque pour la démocratie. Une des solutions serait alors d’éduquer les nouvelles générations à ce paradigme digital et leur apprendre comment échanger et interagir dans l’espace public qu’est aujourd’hui Internet.

Pourquoi les Fake News sont si visibles et relayées sur Internet ?

Les fake news sont véhiculées par un mécanisme très particulier. Les réseaux sociaux, leur domaine de prédilection, contribuent fortement à leur diffusion planétaire. En effet, elles sont partagées et retweetées sur Twitter en majorité par des bots, des robots informatiques algorithmiquement construits. S’ajoute à cela la viralité de l’information: diffusion très rapide et souvent imprévisible d’un contenu. L’immédiateté du simple clic peut rapidement propulser une information à la tête de l’agenda médiatique.

Enfin, on note que les internautes 2.0 sont friands d’informations fraîches et privilégient les scoops à sensations, parfois aux dépens de leur fiabilité.

Les réseaux sociaux, par leur fonctionnement intrinsèque, sont donc les principaux acteurs du phénomène de fakes news. Soucieux de remédier à leur image et de participer à la lutte contre ces informations fallacieuses, Facebook et Twitter mettent en place une politique de signalement des contenus «partiellement faux».

Récemment, la célèbre plateforme de microblogging dénonce une vidéo, dont l’émetteur n’est autre que Donald Trump! Info ou Intox… à vous de juger!

Pour aller plus loin!

Émission Géopolitis, RTS Info – 18/01/2019

Charlotte Goffin

Vous souhaitez appliquer cette théorie à un cas d’actualité ? Allez lire «Coronavirus, l’épidémie 2.0: conseils et outils pour déceler les fake news »

Participez activement à la lutte contre les fakes news en allant liker et partager cet article sur les réseaux de Medi@LAB-Genève

 

Références :

  • Salerno, S. (2019). Séance 5 : Démocratie. Sociologie des médias, Université de Genève.
  • Badillo, P-Y. (2020). Module 4 : Transformation Digitale & Googlization des médias. Innovation, Médias et Société Numérique, Université de Genève.
  • Vanbremeersch, N. (2018). De quoi les fake news sont-elles le nom ?. Le Débat (n°200),15 – 22.
  • Daignes, G. (2019). Pour en finir avec les fake news. Le Débat (n° 204), 110 – 116.
  • Wardle, C. & Derakhshan, H. (2017). Information Disorder : Toward an interdisciplinary framework for research and policy making. Council of Europe Report (27).

La «Googlization des médias»: un changement de paradigme

Written by Laura Puglisi. Posted in "Googlization" et transformation digitale, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

La «Googlization des médias»: un changement de paradigme

La «Googlization des médias» correspond à un changement de paradigme. Il s’agit du passage d’un modèle de presse traditionnel à un nouveau, centré sur les grands acteurs du numérique. Ce nouveau modèle, basé sur la transformation digitale, crée une concentration des médias et transforme l’information en bien public.

Du modèle traditionnel de la presse à la «Googlization des médias» 

Dans l’ancien modèle de presse, les journaux définissaient une ligne éditoriale finalisée à la création d’une information et d’une audience. La presse fonctionnait donc sur un marché à deux versants: les recettes d’un journal étaient basées d’un côté sur le paiement des lecteurs et de l’autre côté sur les ressources de la publicité. 

Orl’information est aujourd’hui consommée avant tout sur les réseaux sociaux et sur le Web. En outre, la majorité des recettes de la publicité est vampirisée par les grands acteurs du numérique, avec les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) en figure de proue. Ces éléments ont favorisé l’émergence d’un nouveau modèle, celui de la  «Googlization des médias», introduit par les professeurs Badillo (Université de Genève) et Bourgeois (Université de Fribourg).  

Selon ce nouveau modèle, les médias recherchent avant tout du trafic sur le web et non plus de l’audience. La ligne éditoriale disparaît donc au détriment des données et du trafic de ces dernières. Voici les points clés qui caractérisent la «Googlization des médias». 

La concentration des médias, conséquence de la «Googlization»

La concentration des médias ne cesse d’augmenter en Suisse. En conséquence, le pluralisme diminue et les médias se concentrent toujours davantage.

En effet, les quatre grands groupes suisse(RingierTamediaAdmeira et NZZ) équivalaient à 54% du marché en 2005, alors qu’en 2017 le pourcentage s’élevait à 81%.

Aujourd’hui l’information de qualité se raréfie de plus en pluspuisque les entreprises du numérique se focalisent sur le trafic des données, point central de la «Googlization des médias». 

À titre d’exemple, Facebook et Google contrôlent les flux entrants du journal «Le Temps». En effet, en comparant la source de trafic des réseaux sociaux et celle dérivante des moteurs de recherche, le résultat est le suivant: 86% du trafic dérive de Facebook, tandis que 99% (ouivous avez bien lu!) provient de Google. 

Vous pouvez donc constater que Google et Facebook ont la mainmise sur les flux entrants de données menant à la majorité des médias! 

L’information devenue bien public 

En parlant d’information, nous nous référons à une information de qualitéessentiellement produite par la presse écrite. Le passage à l’ère de la «Googlization» fait de l’information un bien public. Un bien public est par définition non excluable, et non rivalEn effetl’information est non excluable car elle circule amplement via les sites web et les réseaux sociaux ; elle est non rivale, car la lecture d’un article online nen privera pas quelqu’un d’autre. 

Nous en revenons à la notion de gestion du trafic et des Data, objectif prioritaire des acteurs du numérique. En effet, ces derniers ne produisent pas d’information, mais ils se limitent à la polariser au moyen du trafic des données. Le grand perdant se trouve être la presse qui voit fuiter son information de qualité tout en perdant ses recettes publicitaires au détriment des grands acteurs du numérique.

Comment la Presse va-t-elle renouveler son modèle pour faire face à cette information rendue accessible gratuitement?

La suite dans les prochains articles!

GA de l’équipe Medi@lab