La « googlization » des médias

Written by RaquelCC. Posted in Communication scientifique

La googlization des médias, medi@lab

La googlization des médias selon medi@lab

La bataille des clics versus le contenu: la « googlization » des médias

Patrick-Yves Badillo, directeur du Medi@lab à l’Université de Genève a développé l’idée d’une “googlization des médias” au cours d’une conférence sur la « Googlization et concentration des médias »  à Sion le 4 avril 2019. Il décrit ainsi comment l’essor du numérique, et en particulier la prédominance de Google influence les médias dans leur conception du contenu. Les médias tendent à viser une augmentation du trafic. L’objectif de la production de contenu de qualité ne devient-il pas alors évanescent?

 

 

La “googlization” des médias consiste à produire du contenu avec pour but d’obtenir du trafic sur Internet. Aujourd’hui, il s’agit de l’objectif premier des médias. La prochaine étape est ensuite d’avoir de la publicité et des services profitables grâce à l’exploitation des bases de données (ce que l’on appelle le “big data”). Ce n’est donc pas la qualité de l’information qui est au centre des préoccupations des médias, mais l’obtention de données qui pourront être exploitées.

Un équilibre traditionnel menacé

La mutation des médias s’accélère. Traditionnellement, les journaux, par exemple, commençaient par déterminer leur ligne éditoriale et leur contenu. Les ressources publicitaires complétaient par la suite les financements. À travers ce double marché l’indépendance de la presse était préservée. Il y avait un subtil équilibre entre marché direct et publicité. Cet équilibre en place depuis près de deux siècles est menacé. Il semblerait que nous nous trouvions dans une nouvelle ère des médias où le modèle digital et ses algorithmes prennent la place de celui traditionnel de l’éditorial.

Les grands acteurs de l’internet sont aussi concernés

Les GAFA (acronyme pour Google Amazon Facebook Apple) sont tout aussi impliqués dans ce phénomène. Le focus sur le trafic en ligne place le contenu, les idées et l’information en second plan. En Suisse, Google et Facebook se partagent déjà près de la moitié du marché publicitaire en ligne. Ces géants de l’internet contrôlent aussi le trafic des médias traditionnels. Pour des journaux tels que « Le Temps » ou « La Tribune de Genève », il semblerait que Facebook contrôle environ 90% du trafic provenant des réseaux sociaux et entrant vers ces journaux. De plus, Google possède même le monopole du trafic provenant des moteurs de recherche. Ceci ne se limite bien sûr pas uniquement à la Suisse et s’applique au niveau global. Aux Etats-Unis, Google présente un revenu provenant du marché publicitaire qui est plus du double de la totalité des journaux ou magazines.

La « misinformation » et ses dangers

La « misinformation » est un phénomène que l’on peut considérer fortement lié à celui de la « googlization ». Ce terme anglais traduit deux idées: d’une part, celle de désinformation et d’autre part, l’idée d’une information fausse, volontairement ou pas. La montée en puissance des technologies de l’information (grâce aux réseaux toujours plus performants) avait encouragé le mythe de la société de l’information. Aujourd’hui nous nous en écartons. La toute puissance économique des GAFA a non seulement entraîné l’écroulement des ressources publicitaires des médias (en particulier de la presse écrite) mais aussi la concentration des médias. Il s’agit de la seule possibilité à court terme pour la survie de certains médias. Les titres de presse disparaissent, la concentration des médias augmente, mais surtout il y a toujours moins de journalistes qui sont les premiers, voire les seuls, producteurs de l’information.

 

Une enquête du Pew Research Center démontre l’inquiétude des experts face à la capacité de nos sociétés de faire prévaloir de l’information de qualité dans notre écosystème informationnel futur. Tandis que les « fake news«  et les rumeurs envahissent la toile, les incitations pour produire de l’information de qualité n’existent plus. L’innovation propulsée par Google est indéniable. L’essor des technologies a permis une diffusion des informations inédite jusqu’à maintenant. La population cherche et échange de plus en plus d’informations en ligne. Mais la « googlization » modifie radicalement la nature de l’information.

L’écart grandit toujours plus entre la production d’information de qualité (de plus en plus rare) et les besoins des utilisateurs. Dans ce cas, comment maintenir une certaine qualité de l’information et le rôle des journalistes?

 

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