Société numérique : quel avenir pour le livre ?

Written by Eva Pauline M.. Posted in La Galaxie de Gutenberg, premier âge des "mass media", Le livre : de son origine à sa numérisation, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

Dans un monde toujours plus numérisé et digitalisé, un médium tel que le livre papier va-t-il perdurer et réussir à s’adapter ? Au contraire, le livre numérique peut-il totalement éradiquer le livre classique ? Retour sur cette transition numérique. 

©Pixabay

Avec l’avènement du numérique et le développement de nouvelles technologies et d’outils toujours plus tournés vers le digital, l’avenir du livre papier peut sembler incertain. En effet, toutes ces innovations auxquelles nous faisons face dans ce « monde bouillonnant du numérique » (P.-Y.Badillo) se posent comme l’un des grands défis auquel le domaine de la culture doit faire face. Ceci vaut notamment pour les différents médias classiques tels que le livre. Récemment, nous avons ainsi pu voir un « boom » du marché des livres électroniques et avec lui, un bouleversement de nos habitudes de consommation des biens culturels que sont les livres. Ainsi, avec ces livres digitaux, nous assistons à une révolution des structures du support matériel de l’écrit, des pratiques de lecture et du mode de production et de communication.

L’avenir du livre à l’ère du numérique ?

Si l’on veut comprendre la dynamique des différents médias, l’un des outils clés pour faire cela est sans aucun doute la courbe en S. Cette approche épidémiologique de l’innovation théorisée par le sociologue et statisticien Everett Rogers, nous a été exposée par le professeur Patrick-Yves Badillo dans le Module 1 du MOOC (Innovation et médias). L’observation de cette courbe nous permet ainsi d’observer que le livre est né en 1855, a eu son âge d’or dans les années 1920-1930, puis a entamé un déclin. Par la suite, il s’est adapté avec l’apparition du livre de poche juste avant la seconde guerre mondiale, et a ainsi pu retrouver une nouvelle dynamique jusque dans les années 80. Après 1980, il a connu une nouvelle crise et de nos jours, n’a pas disparu mais tente de s’adapter au numérique et de trouver sa place dans un monde digitalisé. Ainsi, si l’on prend cette courbe « S-Média », on voit que tout médium suit cette logique : innovation, pénétration, pic, déclin et adaptation.

En ce qui concerne le nouveau média qu’est le livre numérique, deux scénarios principaux semblent se dégager quant à son avenir.

Un premier scénario dans lequel les ventes de livres numériques viennent simplement s’ajouter à celles du livre papier.

Et un second scénario où il se produirait une « cannibalisation » du livre digital sur le livre papier : les ventes de livres numériques viendraient largement prendre le dessus sur les livres papier.

Comme on le voit avec ces deux possibilités de scénarios, la courbe en S du livre digital ne peut pas encore être réalisée avec certitude étant donné que nous sommes encore au début de cette innovation et probablement dans cette phase de « pic » décrite par Rogers.

Des pronostics mitigés 

Il est donc difficile de prédire ce qu’il peut se passer, mais il est à noter que là où la presse a été fortement touchée et affaiblie par les évolutions numériques, le livre a plutôt l’air d’avoir fait preuve de résilience. En 2016, Arnaud Nourry, PDG de Hachette déclarait ainsi que la courbe du livre numérique qui semblait monter en puissance était en réalité actuellement entrain de s’inverser. « Ce phénomène s’est arrêté depuis deux ans environ, aux Etats-Unis, et on observe désormais un déclin. Au fond, je me demande si les lecteurs numérique ne se demandent pas à quoi ça sert « . Selon Nourry, aux Etats-Unis les ventes se répartissent « à 25% pour le numérique, 75% pour le papier ».

D’autres, comme le célèbre écrivain et « futurologue » Tom Cheesewright, déclarent l’inverse : « Les statistiques de l’e-book sont complètement fausses : elles ne tiennent compte que des éditeurs installés, aussi mesure-t-on mal la chose. […] Si vous englobez tous les différents modèles de publication pour les livres numériques à ce jour, leur ascension a été véritablement spectaculaire. Et en volume, ils dominent complètement le marché des livres imprimés ; ils n’ont pas décliné du tout. Ce qui a en revanche décliné, ce sont les parts de marché que détenaient les grands éditeurs. »

En conclusion, les prédictions face à l’avenir du livre semblent multiples et variées. De nos jours, il semble donc difficile de trancher sur cette question. Peut-être faut-il voir en cette révolution et omniprésence numérique, une chance pour le livre papier de se démarquer et de gagner en valeur ?

.

Références 

Patrick-Yves Badillo « Module 1 : Innovation et médias » [notes prises dans le cadre du cours Innovation, médias et transformation digitale], Université de Genève

www.senat.fr : La politique du livre face au défi du numérique (Chapitre 2 : Le développement du livre numérique)

Le livre et l’origine de la société

Written by Sven G.. Posted in La Galaxie de Gutenberg, premier âge des "mass media", Le livre : de son origine à sa numérisation, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

Depuis la nuit des temps, les inventions de l’Homme n’ont cessé de le faire évoluer. Et parmi toutes celles que l’on pourrait citer, une seule invention semblerait être à l’origine de la société telle que nous la connaissons aujourd’hui : celle de l’imprimerie.

Il est indéniable, les médias prennent une place non négligeable dans nos vies. Aujourd’hui de plus en plus numériques, les médias ont pour fonction première d’informer. Cependant, ces derniers constituent bien plus qu’un simple organisme informationnel, comme l’ont montré Kietzmann et al (2012). En effet, sociologiquement, les médias ont, depuis le milieu du XXe siècle, assuré la fonction de régulateur de la société en créant notamment une sorte d’agenda, qui provoquait une synchronisation des horloges, pour une société qui avait l’impression de faire un. En effet, toute la population, du moins celle qui avait les moyens de s’offrir le luxe qu’était le poste de télévision à l’époque, suivait avec ferveur le téléjournal, chaque jour à la même heure. Les médias ont en ce sens défini un certain environnement sociologique de l’Homme. Mais comment en sont-ils arrivés là ? Les médias sont-ils réellement à l’origine de notre société ? Ou celle-ci pourrait se trouver ailleurs, à des siècles des premiers médias ?

Marshall McLuhan et sa Galaxie Gutenberg

Cette question n’est pas récente et a fait l’objet de plusieurs études, et ce dès la seconde moitié du siècle précédent. C’est chez un grand intellectuel canadien qu’elle est apparue pour la première fois. Marshall McLuhan, professeur de littérature anglaise et théoricien de la communication, avait la conviction profonde que les médias bouleversent tous les aspects de la vie humaine.

Le médium, ou processus, de notre temps —la technologie électrique — remodèle et
restructure les modes d’interdépendance sociale et tous les aspects de notre vie
personnelle. Il nous force à reconsidérer et réévaluer pratiquement chaque pensée et
chaque action, chaque institution antérieurement prise pour acquise. Tout change —
vous, votre famille, votre voisin, votre éducation, votre emploi, votre gouvernement, votre
relation « aux autres ». Et ils changent radicalement. (The Medium is the Massage, p. 8)

Pour lui, l’évolution des médias permet de comprendre l’histoire humaine dans son ensemble. Une histoire qu’il divise en trois périodes :  la civilisation de l’oralité, la civilisation de l’imprimerie (la galaxie Gutenberg) et la civilisation de l’électricité (la galaxie Marconi). La question qui reste donc à se poser est la suivante : à partir de quand parle-t-on de médias ? Dans son livre La Galaxie Gutenberg, Marshall McLuhan donne une réponse. Pour lui, tout a commencé à partir de l’invention de l’imprimerie.

L’imprimerie à l’origine de notre société

Si l’oralité et l’écriture sont un art, l’imprimerie a constitué une mécanisation de celui-ci, ce qui a profondément bouleversé et remodelé la société de l’époque. Pour l’auteur de La Galaxie Gutenberg, l’imprimerie a permis le tirage de millions de livres, dans toutes les langues possibles, ce qui a donné naissance au nationalisme. Puis, le livre étant portable, il a permis à l’Homme de penser individuellement, ce qui a donné naissance à l’individualisme. Finalement, le monde livresque sorti de l’imprimerie a habitué l’Homme a utiliser son sens de l’observation uniquement, excluant ainsi l’ouïe, le goût et l’odorat, ce qui a fait de lui un être linéaire et unidimensionnel tel qu’il a été connu à cette période. En somme, pour Marshall McLuhan, l’âge de l’imprimé a conduit à la révolution industrielle, aux progrès dans le domaine de la physique, et à la création du roman de narration. En soi, l’imprimerie et le livre, peuvent être considérés comme se trouvant à l’origine de tout ce qui s’est passé, de la Renaissance à nos jours. 

.

Références 

McLuhan M., The Gutenberg Galaxy: The Making of Typographic Man, University of Toronto Press, 1962.

Tremblay G., « De Marshall McLuhan à Harold Innis ou du village global à l’empire mondial », tic&société, Vol. 1, n°1 | 2007

Vidéo Youtube : McLuhan – La Galaxie Gutenberg