Le nouveau modèle économique des médias de masse

Written by Sven G.. Posted in La Galaxie de Gutenberg, premier âge des "mass media", Les piliers des mass media : vers une modification des paradigmes, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

MOOC « Innovation, Médias et Transformation Digitale »

Il ne fait plus aucun doute, Internet et le numérique ont complètement bouleversé nos vies. Alors qu’aujourd’hui le monde entier surfe sur le web, les médias de masse se trouvent à un tournant de leur existence : leur modèle économique d’antan est chamboulé par les grands acteurs du numérique. Ce nouveau modèle ne met-il pas en péril le journalisme dans son ensemble ?

La création du World Wide Web a considérablement changé notre façon de vivre. Cette innovation a accéléré notre monde à une vitesse que personne n’aurait pu imaginer il y a une trentaine d’année. Petit à petit, Internet a touché tous les domaines possibles et aujourd’hui, il est au centre d’une problématique actuelle et récurrente : la crise des médias. En effet, la Googlization, ce phénomène d’expansion des technologies de recherche de l’entreprise homonyme dans divers marchés, semble radicalement changer le journalisme, quitte même à supprimer la profession telle qu’on la connaît aujourd’hui. Mais pourquoi ? Pour le comprendre, revenons d’abord sur le concept même de Googlization.

Le SEO, des entreprises aux médias

Toute entreprise de nos jours développe son positionnement sur Internet. Afin de donner plus de visibilité à un produit ou simplement à la marque, cette dernière a recours au procédé du Search Engine Optimization. Ce dernier consiste à augmenter le trafic sur la page web de l’entreprise en la référençant sur les moteurs de recherche. Mieux cette dernière est référencée, plus elle gagne en visibilité. Récemment, cette pratique s’est transposée aux médias. En effet, une étude menée en 2016 par Giomelakis and Veglis (Badillo, 2020) a démontré que les sites Internet des médias grecs ayant le plus de trafic étaient aussi ceux qui avaient le meilleur référencement. Il y a donc un effet direct entre les moteurs de recherche et le trafic sur les sites web des médias et de ce fait, sur la production médiatique en elle-même. En effet, cette recherche de trafic a donné lieu à ce que l’on considère comme le nouveau modèle économique des médias.

La Googlization, nouvel acteur économique

Il y a peu, le modèle managérial de base des médias était considéré « à deux versants »: il reposait d’une part sur les abonnements des consommateurs et d’autre part sur les annonces publicitaires. Avec l’avènement d’Internet, les annonceurs ont petit-à-petit délaissé les médias de masse classiques pour se tourner vers Internet, dont le coût est radicalement moins cher. En pleine crise, les médias ont donc dû trouver d’autres moyens de se financer et, c’est là toute l’innovation de ceux-ci ces dernières années, ils ont suivi le mouvement pour voir leur activité fleurir sur le web. L’utilisation du Search Engine Optimization par les médias leur est bénéfique car elle leur permet d’augmenter le trafic et ainsi récolter des données sur les internautes qui visitent leur site Internet. On parle ainsi d’un nouveau modèle économique car ce ne sont plus uniquement les abonnements et la publicité qui constituent le revenu principal des médias, mais bien la recherche de données (Badillo, 2020). De ce fait une question se pose : ce nouveau modèle a-t-il toujours pour objectif de produire de l’information ?

Le nouveau modèle économique tend à privilégier la recherche de données plus que la création de contenu de qualité. (Badillo, 2020)

Cette recherche constante de données afin de cibler le contenu à proposer aux consommateurs est à la base d’une destruction créatrice des médias (Badillo, 2020). En effet la recherche constante de données a détruit le modèle économique de base pour créer un nouveau système dans l’industrie, qui semble détruire le journalisme tel qu’il est connu aujourd’hui. Cette course aux données pousse les médias à proposer un contenu ciblé qui parfois n’est pas en accord avec leur ligne éditoriale et cela uniquement afin de créer du trafic. Une pratique qui tend vers une limitation de la créativité. Les plateformes de réseaux sociaux et les moteurs de recherche valorisant désormais l’information, ces derniers incitent les organismes de presse à produire un certain type de contenu, comme les vidéos, ou en dictant les activités éditoriales au travers des normes de conception. Les plateformes et les moteurs de recherche sont donc devenu explicitement éditoriaux de contenu (Badillo, 2020).

Ainsi, le numérique, et en particulier le concept de Googlization, bouleverse le journalisme et les trois piliers des médias de masse que sont la production, la conception et la diffusion de l’information. Une notion que ma collègue Eva MacNeill a approfondi dans son article « Les piliers des médias traditionnels ou la pression des changements de réseaux » que nous vous invitons à lire pour approfondir le sujet.

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Références

Article en cours de publication chez Ringier Axel Springer : Badillo, P.-Y. (2020), Innovation and Media: Googlization and Limited Creativity.

Badillo, P.-Y. « Module 1 : Innovation et médias » [notes prises dans le cadre du cours Innovation, médias et transformation digitale], Université de Genève.

Ville de Genève (12 juin 2019). ActMédia – 14 septembre 2018 | Googlization et concentration des médias. Consulté à partir de https://www.youtube.com/watch?v=9wKK9hteXpE 

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Sven Grossenbacher 

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Les piliers des médias traditionnels sous la pression des changements de réseaux

Written by Eva Pauline M.. Posted in La Galaxie de Gutenberg, premier âge des "mass media", Les piliers des mass media : vers une modification des paradigmes, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

MOOC « Innovation, Médias et Transformation Digitale »

Le constat à l’heure du Web 2.0 est sans appel : les médias de l’ère Gutenberg sont remis en cause. Mais alors quels sont les piliers de ces médias traditionnels dits de masse, et par quel phénomène se voient-ils mis en danger de la sorte ?
Une réponse sous l’angle des changements d’utilisation des réseaux.

Les 3 piliers des médias de masse

Les médias imprimés sont caractéristiques du 19ème siècle : machinerie gigantesque, industrie lourde, bref, un capital investi colossal. Mais à l’heure du numérique, les piliers clés de ces médias traditionnels se voient remis en cause.

Mais alors, quels sont ces piliers ?
Selon le professeur Badillo, il existe « 3 piliers des médias de masse » (P.-Y. Badillo), ainsi définis :

  1. Contenu
  2. Distribution
  3. Supports

Par rapport à la Galaxie Gutenberg, le premier pilier, soit la production de contenu, ne se voit pas vraiment ébranlé à l’ère digitale. Par contre, le changement majeur se situe au niveau du second pilier, autrement dit, autour de tout ce qui concerne la distribution. Concrètement, avec la poussée du numérique, nous n’avons plus besoin de rotatives ni de moyens de transports pour assurer la distribution, comme cela était le cas avec les journaux traditionnels. Désormais, les médias sont consultables en 1 clic, via le numérique et l’univers de ces médias de masse se voit donc considérablement révolutionné du fait d’un recul des contraintes techniques.

La distribution et les changements d’utilisation des réseaux 

« Dès le xixe siècle, les réseaux – chemin de fer, eau, gaz et électricité – exercent de puissants effets structurants sur l’économie. C’est aussi le cas des réseaux de télécommunications qui, aujourd’hui, constituent le cœur de nos économies » (Patrick-Yves Badillo et Dominique Roux, 2009). En effet, en quelques années, les réseaux ont eux aussi subi une véritable révolution. Nous sommes ainsi passés des réseaux de diffusion « classiques » hiérarchisés (descendants de masse) aux réseaux maillés point à point (personnalisés et ciblés). Les réseaux hiérarchisés (également appelés « en arbre ») permettent aux utilisateurs d’être connectés les uns aux autres, via un appareil central qui contrôle les différentes connexions et le trafic sur le réseau. Alors que les réseaux maillés point à point possèdent un mode de transfert différent. Dans un réseau maillé, n’importe quel appareil du réseau peut servir de plateforme ou de point central, et, dans certains cas, le réseau peut même ne pas avoir de point central du tout. Il n’y a donc pas cette notion de hiérarchie centrale, mais une topologie « en filet ».

Ci-dessous, un exemple des deux types de réseaux mentionnés.

Un réseau hiérarchisé (Source : Wikipedia)

Un réseau maillé (Source : Wikipedia)

 

 

 

 

 

 

 

Avec ce changement d’utilisation des réseaux, nous sommes donc entrés dans une communication de masse personnalisée, qui entraîne à son tour une consommation de masse personnalisée. On dépasse la simple consommation d’un produit médiatique, et on entre dans une logique de distribution et de relation « ultra-ciblées ». Il devient désormais possible de combiner « action de masse » avec une diffusion plus sélective en fonction de la cible visée. On dépasse donc le stade d’une interactivité qui était très limitée jusque-là et on passe d’une logique pull, à une logique push où l’information est poussée vers les consommateurs. Pour les médias, cela a pour conséquence une modification de leurs modèles économiques, que nous vous invitons à découvrir dans notre second article « Le nouveau modèle économique des médias de masse » écrit par mon collègue Sven Grossenbacher.

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Références 

Badillo, P.-Y. « Module 1 : Innovation et médias » [notes prises dans le cadre du cours Innovation, médias et transformation digitale], Université de Genève.

Badillo, P.-Y. & Roux, D. (2009). Les 100 mots des télécommunications. Paris cedex 14, France: Presses Universitaires de France.

Introduction aux réseaux maillés. Consulté à partir de https://commotionwireless.net/fr/docs/cck/networking/intro-to-mesh/

Les médias de masse et les limites de leur efficacité. Consulté à partir de http://tpe-influencedesmedias.e-monsite.com/pages/ii-les-medias-de-masse-et-les-limites-de-leur-efficacite.html#page1

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Eva MacNeill

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Des alliances pour survivre ou le destin incertain des agences de presse

Written by Sven G.. Posted in La Galaxie de Gutenberg, premier âge des "mass media", Les agences de presse : institutions du passé ou médias d'avenir ?, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

MOOC « Innovation, Médias et Transformation Digitale »

Elles travaillent dans l’ombre mais sont essentielles à la société actuelle : les agences de presse, à défaut d’être au coeur des discussions, se retrouvent au coeur de la crise des médias. Les titres de presse résiliant leur abonnements et dépourvues d’aide extérieure, elles doivent se réinventer pour survivre. Mais comment ? Ne témoignerions-nous pas des prémices d’un nouveau monde informationnel ?

Tout le monde connaît l’importance des journaux, ils sont notre source d’information quotidienne et chaque pays est le berceau d’un grand nombre de titres de presse. Cependant, les agences de presse, dont les journaux en sont les principaux clients, sont quant à elles souvent inconnues du grand public. En effet, elles agissent dans l’ombre et pourtant, les quatre plus importantes agences de presse mondiales (Agence France-Presse, Thomson Reuters, Associated Press et Deutsche Press-Agentur) influencent à elles seules toute la société actuelle. Pourtant, ces grands acteurs du monde médiatique ne sont pas épargnés par la crise actuelle. Délaissées par les titres de presse et dépourvues d’aide extérieure, les agences de presse doivent rapidement trouver des solutions si elles ne veulent pas définitivement disparaître du paysage médiatique international. Une adaptation qui chamboule le décor informationnel et dessine le futur des agences de presse dans le monde.

« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin »

Les agences de presse autour du globe sont nombreuses. Entre celles qui sont nationales, mondiales généralistes ou spécialisées, elles fournissent aux médias traditionnels des informations sur des pays où ils n’ont pas suffisamment, voire pas du tout, de correspondants. Si elles constituent incontestablement des acteurs incontournables de la diffusion d’information, elles sont frappées de plein fouet par la crise des médias : L’agence DDP (anciennement AP) supprime son service en Suisse alémanique, économies sur les masses salariales à l’AFP, suppression d’emplois à l’ATS.

Les nouvelles sur les restructurations des agences de presse font la une de tous les journaux et son ponctuées par des grèves dans certains pays. Des restructurations qui forcent les grands groupes à revoir leurs stratégies, et à se réinventer pour survivre. Ainsi, le monde médiatique a commencé à observer des fusions entre différentes agences généralistes ou spécialisées afin de continuer à proposer un service de couverture généralisé. La première fut Reuters, une agence de presse généraliste mais ayant un penchant pour les informations financières, rachetée en 2007 par Thomson, son homologue canadien. Devenue Thomson Reuters, l’agence a assis son expertise dans le domaine financier et détient à ce jour un tiers du marché mondial des données financières.

En Suisse, c’est l’Agence Télégraphique Suisse qui a vu son organisation changer du tout au tout. En dépit du renouvellement des contrats avec les principaux titres de presse de Suisse et de ses clients, l’ATS voyait son chiffre d’affaire au cours de l’exercice 2018 reculer de 3,1 millions de francs suisses. Une situation critique pour le média, d’autant plus que l’information brute et sans service public a une valeur considérable.

Les dépêches de l’ATS représentent en moyenne plus de la moitié du contenu des médias romands. RTS Info.

Alors qu’elle produisait près de 60% du contenu pour divers titres de presse romands, le manque d’aide extérieure et les licenciements ont forcé l’entreprise à fusionner avec KEYSTONE, une agence photographique autrichienne (P.-Y. Badillo, 2020). Une fusion qui permet toutefois de garantir la survie de l’entreprise, tout comme l’a été Thomson avec Reuters en 2007, la nouvelle entité désirant devenir un partenaire fort des médias dans le domaine à la fois photographique et vidéographique, textuel et infographique.

L’audiovisuel, futur des agences de presse ?

Un changement de structure semble donc permettre un futur plus probable à certaines agences de presse. Outre une métamorphose organisationnelle, ces médias ne devront-ils pas opérer un tournant dans le type de contenu qu’ils proposent afin de leur permettre une activité sur le long terme ? D’après Fabrice Fries, PDG de l’AFP, le futur des agences de presse est avant tout vidéographique :

Il y a un appétit énorme d’images dans le monde des news. Il fut un temps, l’image et la vidéo venaient en illustration du texte. Aujourd’hui, l’image et la vidéo sont les portes d’entrée dans l’information, le texte venant en support. (Fabrice Fries, conférence lors du festival Media en Seine 2018)

Dans un monde toujours plus numérique, où les titres de presse se muent sur Internet et produisent de plus en plus de contenu digital, et à l’heure du visual first la vidéo semble être en passe de remplacer le texte et ainsi devenir la seule solution possible pour permettre la survie des agences d’information.

Cependant, cette survie ne dépend pas uniquement d’un changement à l’interne, mais dépend de facteurs externes plus complexes. Pour avoir une vue d’ensemble de ce problème, nous vous invitons à lire notre deuxième article « Les agences de presse face au numérique » écrit par Eva MacNeill.

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Références 

Arc info : « Il n’y a plus qu’une seule agence de presse suisse »

Quinze Minutes (RTS) : « L’ATS, toujours d’actualité ? »

RTS Info : « L’ATS fournit jusqu’à 60% du contenu des médias en ligne romands »

Swissinfo.ch : « La grande agence de presse suisse dégraisse à son tour »

Vidéo Youtube : « La vidéo est-elle le futur des agences de presse ? »

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Sven Grossenbacher

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Les agences de presse face au numérique

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MOOC « Innovation, Médias et Transformation Digitale »

Dans une société caractérisée par une presse ébranlée d’un côté et un monde numérique en constant essor de l’autre, les grandes agences de presse mondiales se voient fortement remises en cause. Mais alors, pourquoi la crise des médias actuelle menace-t-elle l’existence de ces acteurs clés de l’information ? 

Un contexte de crise de la presse dans un monde toujours plus digitalisé

En 2020, et depuis plusieurs années, il est indéniable que la presse est en grande difficulté. Aussi bien en Suisse que dans le reste du monde, cette dernière est touchée de plein fouet par la révolution numérique et se voit désormais présentée comme un secteur en perdition. Que ce soit au niveau des recettes publicitaires (elles étaient de 2,5 milliards de francs suisse en 2008 vs. environ 1,2 milliards désormais), de la monétisation, de la production de contenus ou de la distribution, le constat d’une crise est sans appel.

Graphique représentant la chute massive du nombre de tirages en Suisse        (MOOC Module 3 : Economie et management des médias, Leçon 1 : L’économie des médias, Séquence 1 : Les médias traditionnels : une crise économique violente)

Mécaniquement, les agences de presse ont donc été impactées directement et fortement par cette crise profonde des médias et de la presse. Du fait que les recettes publicitaires des médias traditionnels aient été diminuées, ils ont délaissé les agences de presse et ont arrêté leurs abonnements à celles-ci. (P.-Y. Badillo, 2020).

La pêche aux infos via les réseaux sociaux et le Web

Dans une société de l’information telle que la nôtre, énormément d’information circule, et cela sur un grand nombre de plateformes. Un contexte que l’on peut caractériser de everyone can be the media permet ainsi à tout un chacun d’agir en journaliste, d’émettre de l’information et des opinions, entraînant une modification totale des modes de consommation de l’information. L’intérêt d’être abonné aux agences de presse se voit donc amoindri. Ainsi, le numérique bouleverse à la fois la manière de s’informer et le financement de l’information.

En effet, d’une part les internautes se sont déplacés sur Internet pour vaquer à leurs pratiques informationnelles, et d’autre part, le marché publicitaire a cessé de donner du budget aux médias pour le confier aux géants comme Google ou Facebook, via lesquels les internautes accèdent aux informations. La crise des médias se fait donc sur le plan des usages, mais également sur un plan économique. (D. Cardon, 2019).

Un moyen pour la survie des agences de presse : les redevances ?

Mais alors, les agences de presse peuvent-elles se réinventer et continuer à subsister ? Le monde politique peut-il et doit-il sauver les agences de presse, telle que l’Agence télégraphique suisse (ATS) ?

En tout cas, c’est ce qu’affirme notamment le journal Le Temps : « A notre avis, seule cette nouvelle forme de financement (financement du journalisme), avec des aides d’Etat, qui existe à satisfaction dans les pays scandinaves ou en France sera à même d’enrayer la destruction graduelle du tissu journalistique. »

Pour plus d’informations quant à l’avenir des agences de presse, nous vous invitons à lire notre deuxième article « Des alliances pour survivre ou le destin incertain des agences de presse » écrit par Sven Grossenbacher ainsi que l’interview de Pascal Broulis, directeur vaudois des finances.

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Références 

Badillo, Patrick-Yves. « Module 1 : Innovation et médias » et « Module 3 : Economie et management des médias » [notes prises dans le cadre du cours Innovation, médias et transformation digitale], Université de Genève

Cardon, Dominique. « Les médias face à la révolution numérique », Culture numérique. Sous la direction de Cardon Dominique. Presses de Sciences Po, 2019, pp. 247-260

Le Courrier : « L’agence de presse a besoin d’aide »

Le Temps : « Crise de la presse : il est urgent d’agir »

Pigeat, Henri. « L’avenir des agences de presse mondiales », Commentaire, vol. numéro 129, no. 1, 2010, pp. 135-142.

Quinze Minutes (RTS) : « L’ATS, toujours d’actualité ? »

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Eva MacNeill

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Société numérique : quel avenir pour le livre ?

Written by Eva Pauline M.. Posted in La Galaxie de Gutenberg, premier âge des "mass media", Le livre : de son origine à sa numérisation, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

Dans un monde toujours plus numérisé et digitalisé, un médium tel que le livre papier va-t-il perdurer et réussir à s’adapter ? Au contraire, le livre numérique peut-il totalement éradiquer le livre classique ? Retour sur cette transition numérique. 

©Pixabay

Avec l’avènement du numérique et le développement de nouvelles technologies et d’outils toujours plus tournés vers le digital, l’avenir du livre papier peut sembler incertain. En effet, toutes ces innovations auxquelles nous faisons face dans ce « monde bouillonnant du numérique » (P.-Y.Badillo) se posent comme l’un des grands défis auquel le domaine de la culture doit faire face. Ceci vaut notamment pour les différents médias classiques tels que le livre. Récemment, nous avons ainsi pu voir un « boom » du marché des livres électroniques et avec lui, un bouleversement de nos habitudes de consommation des biens culturels que sont les livres. Ainsi, avec ces livres digitaux, nous assistons à une révolution des structures du support matériel de l’écrit, des pratiques de lecture et du mode de production et de communication.

L’avenir du livre à l’ère du numérique ?

Si l’on veut comprendre la dynamique des différents médias, l’un des outils clés pour faire cela est sans aucun doute la courbe en S. Cette approche épidémiologique de l’innovation théorisée par le sociologue et statisticien Everett Rogers, nous a été exposée par le professeur Patrick-Yves Badillo dans le Module 1 du MOOC (Innovation et médias). L’observation de cette courbe nous permet ainsi d’observer que le livre est né en 1855, a eu son âge d’or dans les années 1920-1930, puis a entamé un déclin. Par la suite, il s’est adapté avec l’apparition du livre de poche juste avant la seconde guerre mondiale, et a ainsi pu retrouver une nouvelle dynamique jusque dans les années 80. Après 1980, il a connu une nouvelle crise et de nos jours, n’a pas disparu mais tente de s’adapter au numérique et de trouver sa place dans un monde digitalisé. Ainsi, si l’on prend cette courbe « S-Média », on voit que tout médium suit cette logique : innovation, pénétration, pic, déclin et adaptation.

En ce qui concerne le nouveau média qu’est le livre numérique, deux scénarios principaux semblent se dégager quant à son avenir.

Un premier scénario dans lequel les ventes de livres numériques viennent simplement s’ajouter à celles du livre papier.

Et un second scénario où il se produirait une « cannibalisation » du livre digital sur le livre papier : les ventes de livres numériques viendraient largement prendre le dessus sur les livres papier.

Comme on le voit avec ces deux possibilités de scénarios, la courbe en S du livre digital ne peut pas encore être réalisée avec certitude étant donné que nous sommes encore au début de cette innovation et probablement dans cette phase de « pic » décrite par Rogers.

Des pronostics mitigés 

Il est donc difficile de prédire ce qu’il peut se passer, mais il est à noter que là où la presse a été fortement touchée et affaiblie par les évolutions numériques, le livre a plutôt l’air d’avoir fait preuve de résilience. En 2016, Arnaud Nourry, PDG de Hachette déclarait ainsi que la courbe du livre numérique qui semblait monter en puissance était en réalité actuellement entrain de s’inverser. « Ce phénomène s’est arrêté depuis deux ans environ, aux Etats-Unis, et on observe désormais un déclin. Au fond, je me demande si les lecteurs numérique ne se demandent pas à quoi ça sert « . Selon Nourry, aux Etats-Unis les ventes se répartissent « à 25% pour le numérique, 75% pour le papier ».

D’autres, comme le célèbre écrivain et « futurologue » Tom Cheesewright, déclarent l’inverse : « Les statistiques de l’e-book sont complètement fausses : elles ne tiennent compte que des éditeurs installés, aussi mesure-t-on mal la chose. […] Si vous englobez tous les différents modèles de publication pour les livres numériques à ce jour, leur ascension a été véritablement spectaculaire. Et en volume, ils dominent complètement le marché des livres imprimés ; ils n’ont pas décliné du tout. Ce qui a en revanche décliné, ce sont les parts de marché que détenaient les grands éditeurs. »

En conclusion, les prédictions face à l’avenir du livre semblent multiples et variées. De nos jours, il semble donc difficile de trancher sur cette question. Peut-être faut-il voir en cette révolution et omniprésence numérique, une chance pour le livre papier de se démarquer et de gagner en valeur ?

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Références 

Patrick-Yves Badillo « Module 1 : Innovation et médias » [notes prises dans le cadre du cours Innovation, médias et transformation digitale], Université de Genève

www.senat.fr : La politique du livre face au défi du numérique (Chapitre 2 : Le développement du livre numérique)

Le livre et l’origine de la société

Written by Sven G.. Posted in La Galaxie de Gutenberg, premier âge des "mass media", Le livre : de son origine à sa numérisation, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

Depuis la nuit des temps, les inventions de l’Homme n’ont cessé de le faire évoluer. Et parmi toutes celles que l’on pourrait citer, une seule invention semblerait être à l’origine de la société telle que nous la connaissons aujourd’hui : celle de l’imprimerie.

Il est indéniable, les médias prennent une place non négligeable dans nos vies. Aujourd’hui de plus en plus numériques, les médias ont pour fonction première d’informer. Cependant, ces derniers constituent bien plus qu’un simple organisme informationnel, comme l’ont montré Kietzmann et al (2012). En effet, sociologiquement, les médias ont, depuis le milieu du XXe siècle, assuré la fonction de régulateur de la société en créant notamment une sorte d’agenda, qui provoquait une synchronisation des horloges, pour une société qui avait l’impression de faire un. En effet, toute la population, du moins celle qui avait les moyens de s’offrir le luxe qu’était le poste de télévision à l’époque, suivait avec ferveur le téléjournal, chaque jour à la même heure. Les médias ont en ce sens défini un certain environnement sociologique de l’Homme. Mais comment en sont-ils arrivés là ? Les médias sont-ils réellement à l’origine de notre société ? Ou celle-ci pourrait se trouver ailleurs, à des siècles des premiers médias ?

Marshall McLuhan et sa Galaxie Gutenberg

Cette question n’est pas récente et a fait l’objet de plusieurs études, et ce dès la seconde moitié du siècle précédent. C’est chez un grand intellectuel canadien qu’elle est apparue pour la première fois. Marshall McLuhan, professeur de littérature anglaise et théoricien de la communication, avait la conviction profonde que les médias bouleversent tous les aspects de la vie humaine.

Le médium, ou processus, de notre temps —la technologie électrique — remodèle et
restructure les modes d’interdépendance sociale et tous les aspects de notre vie
personnelle. Il nous force à reconsidérer et réévaluer pratiquement chaque pensée et
chaque action, chaque institution antérieurement prise pour acquise. Tout change —
vous, votre famille, votre voisin, votre éducation, votre emploi, votre gouvernement, votre
relation « aux autres ». Et ils changent radicalement. (The Medium is the Massage, p. 8)

Pour lui, l’évolution des médias permet de comprendre l’histoire humaine dans son ensemble. Une histoire qu’il divise en trois périodes :  la civilisation de l’oralité, la civilisation de l’imprimerie (la galaxie Gutenberg) et la civilisation de l’électricité (la galaxie Marconi). La question qui reste donc à se poser est la suivante : à partir de quand parle-t-on de médias ? Dans son livre La Galaxie Gutenberg, Marshall McLuhan donne une réponse. Pour lui, tout a commencé à partir de l’invention de l’imprimerie.

L’imprimerie à l’origine de notre société

Si l’oralité et l’écriture sont un art, l’imprimerie a constitué une mécanisation de celui-ci, ce qui a profondément bouleversé et remodelé la société de l’époque. Pour l’auteur de La Galaxie Gutenberg, l’imprimerie a permis le tirage de millions de livres, dans toutes les langues possibles, ce qui a donné naissance au nationalisme. Puis, le livre étant portable, il a permis à l’Homme de penser individuellement, ce qui a donné naissance à l’individualisme. Finalement, le monde livresque sorti de l’imprimerie a habitué l’Homme a utiliser son sens de l’observation uniquement, excluant ainsi l’ouïe, le goût et l’odorat, ce qui a fait de lui un être linéaire et unidimensionnel tel qu’il a été connu à cette période. En somme, pour Marshall McLuhan, l’âge de l’imprimé a conduit à la révolution industrielle, aux progrès dans le domaine de la physique, et à la création du roman de narration. En soi, l’imprimerie et le livre, peuvent être considérés comme se trouvant à l’origine de tout ce qui s’est passé, de la Renaissance à nos jours. 

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Références 

McLuhan M., The Gutenberg Galaxy: The Making of Typographic Man, University of Toronto Press, 1962.

Tremblay G., « De Marshall McLuhan à Harold Innis ou du village global à l’empire mondial », tic&société, Vol. 1, n°1 | 2007

Vidéo Youtube : McLuhan – La Galaxie Gutenberg