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Le nouveau modèle économique des médias de masse

Written by Sven G.. Posted in La Galaxie de Gutenberg, premier âge des "mass media", Les piliers des mass media : vers une modification des paradigmes, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

MOOC « Innovation, Médias et Transformation Digitale »

Il ne fait plus aucun doute, Internet et le numérique ont complètement bouleversé nos vies. Alors qu’aujourd’hui le monde entier surfe sur le web, les médias de masse se trouvent à un tournant de leur existence : leur modèle économique d’antan est chamboulé par les grands acteurs du numérique. Ce nouveau modèle ne met-il pas en péril le journalisme dans son ensemble ?

La création du World Wide Web a considérablement changé notre façon de vivre. Cette innovation a accéléré notre monde à une vitesse que personne n’aurait pu imaginer il y a une trentaine d’année. Petit à petit, Internet a touché tous les domaines possibles et aujourd’hui, il est au centre d’une problématique actuelle et récurrente : la crise des médias. En effet, la Googlization, ce phénomène d’expansion des technologies de recherche de l’entreprise homonyme dans divers marchés, semble radicalement changer le journalisme, quitte même à supprimer la profession telle qu’on la connaît aujourd’hui. Mais pourquoi ? Pour le comprendre, revenons d’abord sur le concept même de Googlization.

Le SEO, des entreprises aux médias

Toute entreprise de nos jours développe son positionnement sur Internet. Afin de donner plus de visibilité à un produit ou simplement à la marque, cette dernière a recours au procédé du Search Engine Optimization. Ce dernier consiste à augmenter le trafic sur la page web de l’entreprise en la référençant sur les moteurs de recherche. Mieux cette dernière est référencée, plus elle gagne en visibilité. Récemment, cette pratique s’est transposée aux médias. En effet, une étude menée en 2016 par Giomelakis and Veglis (Badillo, 2020) a démontré que les sites Internet des médias grecs ayant le plus de trafic étaient aussi ceux qui avaient le meilleur référencement. Il y a donc un effet direct entre les moteurs de recherche et le trafic sur les sites web des médias et de ce fait, sur la production médiatique en elle-même. En effet, cette recherche de trafic a donné lieu à ce que l’on considère comme le nouveau modèle économique des médias.

La Googlization, nouvel acteur économique

Il y a peu, le modèle managérial de base des médias était considéré « à deux versants »: il reposait d’une part sur les abonnements des consommateurs et d’autre part sur les annonces publicitaires. Avec l’avènement d’Internet, les annonceurs ont petit-à-petit délaissé les médias de masse classiques pour se tourner vers Internet, dont le coût est radicalement moins cher. En pleine crise, les médias ont donc dû trouver d’autres moyens de se financer et, c’est là toute l’innovation de ceux-ci ces dernières années, ils ont suivi le mouvement pour voir leur activité fleurir sur le web. L’utilisation du Search Engine Optimization par les médias leur est bénéfique car elle leur permet d’augmenter le trafic et ainsi récolter des données sur les internautes qui visitent leur site Internet. On parle ainsi d’un nouveau modèle économique car ce ne sont plus uniquement les abonnements et la publicité qui constituent le revenu principal des médias, mais bien la recherche de données (Badillo, 2020). De ce fait une question se pose : ce nouveau modèle a-t-il toujours pour objectif de produire de l’information ?

Le nouveau modèle économique tend à privilégier la recherche de données plus que la création de contenu de qualité. (Badillo, 2020)

Cette recherche constante de données afin de cibler le contenu à proposer aux consommateurs est à la base d’une destruction créatrice des médias (Badillo, 2020). En effet la recherche constante de données a détruit le modèle économique de base pour créer un nouveau système dans l’industrie, qui semble détruire le journalisme tel qu’il est connu aujourd’hui. Cette course aux données pousse les médias à proposer un contenu ciblé qui parfois n’est pas en accord avec leur ligne éditoriale et cela uniquement afin de créer du trafic. Une pratique qui tend vers une limitation de la créativité. Les plateformes de réseaux sociaux et les moteurs de recherche valorisant désormais l’information, ces derniers incitent les organismes de presse à produire un certain type de contenu, comme les vidéos, ou en dictant les activités éditoriales au travers des normes de conception. Les plateformes et les moteurs de recherche sont donc devenu explicitement éditoriaux de contenu (Badillo, 2020).

Ainsi, le numérique, et en particulier le concept de Googlization, bouleverse le journalisme et les trois piliers des médias de masse que sont la production, la conception et la diffusion de l’information. Une notion que ma collègue Eva MacNeill a approfondi dans son article « Les piliers des médias traditionnels ou la pression des changements de réseaux » que nous vous invitons à lire pour approfondir le sujet.

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Références

Article en cours de publication chez Ringier Axel Springer : Badillo, P.-Y. (2020), Innovation and Media: Googlization and Limited Creativity.

Badillo, P.-Y. « Module 1 : Innovation et médias » [notes prises dans le cadre du cours Innovation, médias et transformation digitale], Université de Genève.

Ville de Genève (12 juin 2019). ActMédia – 14 septembre 2018 | Googlization et concentration des médias. Consulté à partir de https://www.youtube.com/watch?v=9wKK9hteXpE 

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Sven Grossenbacher 

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Des alliances pour survivre ou le destin incertain des agences de presse

Written by Sven G.. Posted in La Galaxie de Gutenberg, premier âge des "mass media", Les agences de presse : institutions du passé ou médias d'avenir ?, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

MOOC « Innovation, Médias et Transformation Digitale »

Elles travaillent dans l’ombre mais sont essentielles à la société actuelle : les agences de presse, à défaut d’être au coeur des discussions, se retrouvent au coeur de la crise des médias. Les titres de presse résiliant leur abonnements et dépourvues d’aide extérieure, elles doivent se réinventer pour survivre. Mais comment ? Ne témoignerions-nous pas des prémices d’un nouveau monde informationnel ?

Tout le monde connaît l’importance des journaux, ils sont notre source d’information quotidienne et chaque pays est le berceau d’un grand nombre de titres de presse. Cependant, les agences de presse, dont les journaux en sont les principaux clients, sont quant à elles souvent inconnues du grand public. En effet, elles agissent dans l’ombre et pourtant, les quatre plus importantes agences de presse mondiales (Agence France-Presse, Thomson Reuters, Associated Press et Deutsche Press-Agentur) influencent à elles seules toute la société actuelle. Pourtant, ces grands acteurs du monde médiatique ne sont pas épargnés par la crise actuelle. Délaissées par les titres de presse et dépourvues d’aide extérieure, les agences de presse doivent rapidement trouver des solutions si elles ne veulent pas définitivement disparaître du paysage médiatique international. Une adaptation qui chamboule le décor informationnel et dessine le futur des agences de presse dans le monde.

« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin »

Les agences de presse autour du globe sont nombreuses. Entre celles qui sont nationales, mondiales généralistes ou spécialisées, elles fournissent aux médias traditionnels des informations sur des pays où ils n’ont pas suffisamment, voire pas du tout, de correspondants. Si elles constituent incontestablement des acteurs incontournables de la diffusion d’information, elles sont frappées de plein fouet par la crise des médias : L’agence DDP (anciennement AP) supprime son service en Suisse alémanique, économies sur les masses salariales à l’AFP, suppression d’emplois à l’ATS.

Les nouvelles sur les restructurations des agences de presse font la une de tous les journaux et son ponctuées par des grèves dans certains pays. Des restructurations qui forcent les grands groupes à revoir leurs stratégies, et à se réinventer pour survivre. Ainsi, le monde médiatique a commencé à observer des fusions entre différentes agences généralistes ou spécialisées afin de continuer à proposer un service de couverture généralisé. La première fut Reuters, une agence de presse généraliste mais ayant un penchant pour les informations financières, rachetée en 2007 par Thomson, son homologue canadien. Devenue Thomson Reuters, l’agence a assis son expertise dans le domaine financier et détient à ce jour un tiers du marché mondial des données financières.

En Suisse, c’est l’Agence Télégraphique Suisse qui a vu son organisation changer du tout au tout. En dépit du renouvellement des contrats avec les principaux titres de presse de Suisse et de ses clients, l’ATS voyait son chiffre d’affaire au cours de l’exercice 2018 reculer de 3,1 millions de francs suisses. Une situation critique pour le média, d’autant plus que l’information brute et sans service public a une valeur considérable.

Les dépêches de l’ATS représentent en moyenne plus de la moitié du contenu des médias romands. RTS Info.

Alors qu’elle produisait près de 60% du contenu pour divers titres de presse romands, le manque d’aide extérieure et les licenciements ont forcé l’entreprise à fusionner avec KEYSTONE, une agence photographique autrichienne (P.-Y. Badillo, 2020). Une fusion qui permet toutefois de garantir la survie de l’entreprise, tout comme l’a été Thomson avec Reuters en 2007, la nouvelle entité désirant devenir un partenaire fort des médias dans le domaine à la fois photographique et vidéographique, textuel et infographique.

L’audiovisuel, futur des agences de presse ?

Un changement de structure semble donc permettre un futur plus probable à certaines agences de presse. Outre une métamorphose organisationnelle, ces médias ne devront-ils pas opérer un tournant dans le type de contenu qu’ils proposent afin de leur permettre une activité sur le long terme ? D’après Fabrice Fries, PDG de l’AFP, le futur des agences de presse est avant tout vidéographique :

Il y a un appétit énorme d’images dans le monde des news. Il fut un temps, l’image et la vidéo venaient en illustration du texte. Aujourd’hui, l’image et la vidéo sont les portes d’entrée dans l’information, le texte venant en support. (Fabrice Fries, conférence lors du festival Media en Seine 2018)

Dans un monde toujours plus numérique, où les titres de presse se muent sur Internet et produisent de plus en plus de contenu digital, et à l’heure du visual first la vidéo semble être en passe de remplacer le texte et ainsi devenir la seule solution possible pour permettre la survie des agences d’information.

Cependant, cette survie ne dépend pas uniquement d’un changement à l’interne, mais dépend de facteurs externes plus complexes. Pour avoir une vue d’ensemble de ce problème, nous vous invitons à lire notre deuxième article « Les agences de presse face au numérique » écrit par Eva MacNeill.

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Références 

Arc info : « Il n’y a plus qu’une seule agence de presse suisse »

Quinze Minutes (RTS) : « L’ATS, toujours d’actualité ? »

RTS Info : « L’ATS fournit jusqu’à 60% du contenu des médias en ligne romands »

Swissinfo.ch : « La grande agence de presse suisse dégraisse à son tour »

Vidéo Youtube : « La vidéo est-elle le futur des agences de presse ? »

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Sven Grossenbacher

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Le livre et l’origine de la société

Written by Sven G.. Posted in La Galaxie de Gutenberg, premier âge des "mass media", Le livre : de son origine à sa numérisation, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

Depuis la nuit des temps, les inventions de l’Homme n’ont cessé de le faire évoluer. Et parmi toutes celles que l’on pourrait citer, une seule invention semblerait être à l’origine de la société telle que nous la connaissons aujourd’hui : celle de l’imprimerie.

Il est indéniable, les médias prennent une place non négligeable dans nos vies. Aujourd’hui de plus en plus numériques, les médias ont pour fonction première d’informer. Cependant, ces derniers constituent bien plus qu’un simple organisme informationnel, comme l’ont montré Kietzmann et al (2012). En effet, sociologiquement, les médias ont, depuis le milieu du XXe siècle, assuré la fonction de régulateur de la société en créant notamment une sorte d’agenda, qui provoquait une synchronisation des horloges, pour une société qui avait l’impression de faire un. En effet, toute la population, du moins celle qui avait les moyens de s’offrir le luxe qu’était le poste de télévision à l’époque, suivait avec ferveur le téléjournal, chaque jour à la même heure. Les médias ont en ce sens défini un certain environnement sociologique de l’Homme. Mais comment en sont-ils arrivés là ? Les médias sont-ils réellement à l’origine de notre société ? Ou celle-ci pourrait se trouver ailleurs, à des siècles des premiers médias ?

Marshall McLuhan et sa Galaxie Gutenberg

Cette question n’est pas récente et a fait l’objet de plusieurs études, et ce dès la seconde moitié du siècle précédent. C’est chez un grand intellectuel canadien qu’elle est apparue pour la première fois. Marshall McLuhan, professeur de littérature anglaise et théoricien de la communication, avait la conviction profonde que les médias bouleversent tous les aspects de la vie humaine.

Le médium, ou processus, de notre temps —la technologie électrique — remodèle et
restructure les modes d’interdépendance sociale et tous les aspects de notre vie
personnelle. Il nous force à reconsidérer et réévaluer pratiquement chaque pensée et
chaque action, chaque institution antérieurement prise pour acquise. Tout change —
vous, votre famille, votre voisin, votre éducation, votre emploi, votre gouvernement, votre
relation « aux autres ». Et ils changent radicalement. (The Medium is the Massage, p. 8)

Pour lui, l’évolution des médias permet de comprendre l’histoire humaine dans son ensemble. Une histoire qu’il divise en trois périodes :  la civilisation de l’oralité, la civilisation de l’imprimerie (la galaxie Gutenberg) et la civilisation de l’électricité (la galaxie Marconi). La question qui reste donc à se poser est la suivante : à partir de quand parle-t-on de médias ? Dans son livre La Galaxie Gutenberg, Marshall McLuhan donne une réponse. Pour lui, tout a commencé à partir de l’invention de l’imprimerie.

L’imprimerie à l’origine de notre société

Si l’oralité et l’écriture sont un art, l’imprimerie a constitué une mécanisation de celui-ci, ce qui a profondément bouleversé et remodelé la société de l’époque. Pour l’auteur de La Galaxie Gutenberg, l’imprimerie a permis le tirage de millions de livres, dans toutes les langues possibles, ce qui a donné naissance au nationalisme. Puis, le livre étant portable, il a permis à l’Homme de penser individuellement, ce qui a donné naissance à l’individualisme. Finalement, le monde livresque sorti de l’imprimerie a habitué l’Homme a utiliser son sens de l’observation uniquement, excluant ainsi l’ouïe, le goût et l’odorat, ce qui a fait de lui un être linéaire et unidimensionnel tel qu’il a été connu à cette période. En somme, pour Marshall McLuhan, l’âge de l’imprimé a conduit à la révolution industrielle, aux progrès dans le domaine de la physique, et à la création du roman de narration. En soi, l’imprimerie et le livre, peuvent être considérés comme se trouvant à l’origine de tout ce qui s’est passé, de la Renaissance à nos jours. 

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Références 

McLuhan M., The Gutenberg Galaxy: The Making of Typographic Man, University of Toronto Press, 1962.

Tremblay G., « De Marshall McLuhan à Harold Innis ou du village global à l’empire mondial », tic&société, Vol. 1, n°1 | 2007

Vidéo Youtube : McLuhan – La Galaxie Gutenberg