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Quel avenir pour le journalisme traditionnel et l’information de qualité?

Written by Giacomo A.. Posted in "Googlization" et transformation digitale, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

La pandémie du Covid-19 met davantage en crise la presse traditionnelle, à travers la perte de nombreux revenus publicitaires. Secteur déjà en crise auparavant, sa situation ne s’arrange pas. Dans le cadre du dernier article du MOOC « Innovation, Médias et transformation digitale », l’institut Medi@lab fait le lien entre la « Googlization des médias » et le secteur de la presse. Cela va être mis en exergue à travers l’interview d’un futur journaliste. Nous analysons via son cursus, son expérience et ses idées le futur de ce métier, entre crise du journalisme traditionnel et information de qualité toujours plus rare.

Giacomo Annicchiarico – En quelques mots, quel a été ton parcours dans l’objectif de devenir journaliste professionnel?

CV (initiales d’emprunt) – Mon parcours universitaire a débuté avec un bachelor en sciences économiques et sociales, et s’est poursuivi avec un master, toujours dans ce domaine. Ce qui est important pour entrer dans le journalisme, à mes yeux, ce n’est pas forcément d’avoir étudié la méthodologie au préalable, puisqu’elle va de toute manière être apprise sur le tas, lors des expériences professionnelles. Ce qui compte est le bagage accumulé précédemment, que ce soit en sociologie, en économie ou encore en sciences politiques, véritable clé de lecture qui permettra d’appréhender les divers sujets. Durant une grande partie de mes études, j’ai travaillé dans le journal de l’université. C’est à la fin du master que j’ai été engagé en stage de formation dans un média indépendant suisse romand.

Au regard de ton expérience lors du stage de formation, as-tu ressenti cette crise qui touche le secteur de la Presse? Et si oui, l’as-tu ressentie dans ton travail quotidien au sein de la rédaction?

Tout d’abord, la vie d’un média indépendant en Suisse est vraiment compliquée, davantage que celle d’un média comme « Le Temps » par exemple. Dès le début, j’ai ressenti le manque de moyens au sein de la rédaction du journal: les collègues en parlaient ouvertement lors des pauses. La question pour la plupart des médias indépendants suisses c’est: comment survivre financièrement lorsqu’on dépend du lectorat et/ou de l’autofinancement?

Au sein du journal, il y avait une pression pour trouver de nouveaux abonnés que ce soit pour le format print ou pour le web. En plus de couvrir l’actualité, il y avait une nécessité de réfléchir à comment attirer de nouveaux lecteurs de par les sujets. En fait, j’ai pu observer que la demande influence aussi le contenu. Pour assurer son avenir, le but du média est avant tout de vendre « sa production », et de chercher à attirer ainsi de nouveaux abonnés. Là où j’ai travaillé, le journalisme ne baissait pas en qualité pour autant.

Le véritable enjeu c’est de renouveler le lectorat, de chercher à attirer les jeunes

Après l’expérience vécue lors de ce stage de formation, considères-tu que l’avenir de la profession de journaliste traditionnel est en danger?

Le journalisme traditionnel devrait toujours exister. Un journal peut survivre grâce à la publicité ou encore au mécénat. Alors que l’on a parfaitement pu constater les limites de la publicité en ces temps de crise. Le véritable enjeu c’est de renouveler le lectorat, de chercher à attirer les jeunes. Les médias doivent réussir à « changer de génération ». Cet enjeu est clair, comme nous le démontre l’exemple de la RTS qui s’efforce d’attirer un public plus jeune en variant les contenus et les supports (utilisation d’Instagram).

Est-ce que tu considères que le journalisme numérique pourrait remplacer le journal print? Quels sont tes rapports avec le numérique?

La forme importe peu, l’essentiel c’est avant tout le fond. La forme ne doit tout simplement pas influencer négativement le fond. L’approche avec le numérique est différente, il faudrait éviter de tomber dans une logique tape-à-l’œil, à la recherche du click. Un exemple de risque lié au numérique, c’est celui du journal « Le Temps », qui produit massivement des articles chaque jour afin de faire « tourner » le site sans arrêt. La page d’accueil ne doit pas stagner, ne serait-ce même qu’une heure. Cette course à la productivité est un danger lié à la numérisation.

L’aide idéale serait représentée par la mise en place d’une aide fédérale

Est-ce que tu penses que l’information de qualité risque de disparaître? Comment pourrions-nous assurer sa survie?

Concrètement, les gens doivent continuer à chercher l’information de qualité. En fait, on en revient au problème générationnel. Il faut attirer un lectorat plus jeune et éduquer les nouvelles générations aux médias. L’aide cantonale directe, comme il y a eu au Canton de Vaud, ce n’est pas forcément la meilleure solution. Si le principal financement provient du Canton, le journal ne va pas remettre en question la politique cantonale. Disons que cela peut donc réduire la liberté d’un journal.

L’aide idéale serait représentée par la mise en place d’une aide fédérale, d’un niveau plus détaché. Le soutien de la Confédération à la Presse serait la solution la plus viable pour qu’un journal puisse garder la plus grande marge de liberté. Il faudrait peut-être repenser les aides à la Presse, surtout au regard de l’expérience actuelle, avec les chutes des revenus publicitaires liées au Covid-19.

Finalement, quels points positifs retiens-tu dans le journalisme d’aujourd’hui? Qu’est-ce qui te fais croire encore dans ce métier?

D’après moi, la profession de journaliste est essentielle à la vie d’une société démocratique. Le journal c’est le média, c’est-à-dire le médium (l’intermédiaire) entre la population et la politique. Le journaliste doit transmettre l’information de la façon la plus claire et concise possible, dans le but d’informer. Le journaliste, c’est aussi un garde-fou, il est là pour surveiller le monde politique, les entreprises, etc. Voilà les deux rôles clés du métier de journaliste.

L’éducation aux médias est fondamentale, et elle doit commencer plus tôt

Les mots de la fin…

Le journalisme ne doit pas disparaître, il doit être préservé! L’éducation aux médias est fondamentale, et elle doit commencer plus tôt. Il faudrait davantage éduquer les jeunes générations aux médias à l’école, et ce dès le plus jeune âge. Il est important de sensibiliser les jeunes générations à cette thématique, que l’on parle de radio, de télévision ou de presse écrite. L’important c’est d’aider les jeunes générations à comprendre que ce que l’on voit ce n’est pas forcément la réalité. Il faut leur donner les outils pour démêler le vrai du faux, et comprendre la différence entre une information de qualité sourcée, et une « fake news ». Voici le véritable rôle de la presse traditionnelle: un rôle de garde-fou focalisé sur la vérification de l’information!

Giacomo Annicchiarico

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Coronavirus, l’épidémie 2.0: conseils et outils pour déceler les fake news

Written by Giacomo A.. Posted in "Googlization" et transformation digitale, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

Vous avez tous déjà sûrement reçu des fausses recommandations via Facebook, depuis le début de la crise du Covid-19. Comment les reconnaître et surtout comment faire pour les combattre? Découvrez comment devenir un internaute averti en 5 conseils! Dans son MOOC «Innovation, Médias et Transformation digitale», l’institut Medi@lab de l’Université de Genève vous fournit les outils pour privilégier une information fiable et de qualité!

Modèle d’affaires des géants du numérique et fake news, ou l’histoire de l’arroseur arrosé

Tout d’abord, un constat: les fake news sur le Covid-19 se multiplient depuis le début de la crise. Les grands acteurs du numérique, comme Facebook, Amazon et Google, assurent pourtant mettre en place des actions contre les fake news

Le problème est que le modèle d’affaires de ces acteurs numériques est basé sur le partage de ces fausses informationsPrenons l’exemple de Facebook et de son modèle fondé sur la publicité, l’équation est simple : plus les membres du réseau social interagissent et partagent du contenu, plus ils vont susciter des clics et plus Facebook gagnera de l’argent! 

Roger McNamee, ancien conseiller de Mark Zuckerberg et aujourd’hui grand critique du réseau social, déclarait en septembre dernier dans le journal «Le Temps»: « Facebook a beau s’impliquer contre les discours haineux, les  fake news  ou les théories du complot, c’est précisément le contenu qui fait le plus réagir, le contenu qui est le plus partagé – et c’est exactement ce que cherche à faire Facebook ». 

En considérant la véritable nature des réseaux sociaux, nous sommes en droit de nous demander : dans ce contexte, les grands acteurs du numériques peuvent-ils vraiment combattre les fake news efficacement? 

Les 5 conseils pour combattre les fake news

Maintenant que vous savez comment fonctionne le monde merveilleux de Facebook, Google ou encore Amazon, il ne vous reste plus qu’à connaître les conseils à suivre et les bons outils pour distinguer fake news et information de qualité!

Tout d’abord, voici les 5 conseils pour déceler les fake news:

  • Regardez en détail les photos, les vidéos, tout en les écoutant minutieusement. En effet, vous trouverez ainsi la réponse à vos questions sans aide extérieure.
  • Lisez les commentaires pour chaque photo ou vidéo vue sur le web! C’est là que vous trouverez la réponse. 
  • Ne laissez pas de place aux doutes! Cherchez la source d’une information vue sur les réseaux sociaux ou sur le web. Pour cela, retapez le texte, la légende ou le titre d’une photo, d’une vidéo sur un moteur de recherche ! Ceci marchera très souvent, car certains sites vont se copier entre eux pour essayer de vous tromper. 
  • Soyez prudents! Lorsque vous avez un doute ne partagez pas l’information! Faite attention à la légende, à la date ou encore au lieu d’origine et méfiez-vous des injonctions telles que «Partagez en masse!». 
  • Enfin, utilisez la recherche d’images inversées! Cela vous aidera  à comprendre l’origine de l’image. Utile, en particulier, pour vérifier si une image ou une vidéo correspond bien au contexte ou à la période donnée.

Les outils pour débusquer les fake news

Parfois, il vous faudra passer par des aides extérieures pour démêler le vrai du faux ! C’est pour cette raison que nous vous dévoilerons aussi les (bons) outils pour combattre les fausses informations. 

Le premier outil est Factuel, le fact-checking de l’AFP (Agence France-Presse). Cette dernière est une agence d’information composée d’un réseau de journalistes déployé sur 151 pays, leader mondial de l’investigation numérique. Cet outil est disponible en quatre langues – français, anglais, portugais ou espagnol – avec pour but de « présenter au public et aux médias des conclusions vérifiées sur des informations qu’ils voient circuler sur internet, qu’elles soient diffusées via  les réseaux sociaux, des articles de presse, des vidéos, ou des déclarations ». 

Le deuxième outil est le Décodex fondé sur une base de données qui fait référence à des centaines de sites. Cet outil indique en couleurs aux utilisateurs la fiabilité des sources. Le but étant d’inciter les internautes à vérifier une information avant de la partager. En outre, vous aurez le loisir de choisir entre trois outils : une extension sur Chrome ou Firefox, un moteur de recherche ou un bot Facebook, dont le rôle sera de vous aider à vérifier la fiabilité des informations. 

Vous vous rappelez du cinquième conseil pour déceler les fake news: « Utilisez la recherche d’images inversées » ? Et voilà les trois derniers outils, tous voués à mettre en pratique ce conseil sur diverses plateformes. 

Le premier TinEye vous consentira de trouver la source des photos employées hors contexte à des fins d’intox. Le deuxième CitizenEvidence est un outil crée par Amnesty International. Le principe est le même, mais cette fois pour les vidéos chargées sur Youtube. Enfin, un outil plus technique, mais diablement efficace pour voir si une photo a été modifiée est Fotoforensics. 

Voilà, maintenant vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas!  

Pour en savoir plus! 

Episode de la série “Yadebat” du 7 avril dernier (“Tataki”) !

Giacomo Annicchiarico

Participez activement à la lutte contre les fakes news en allant liker et partager cet article sur les réseaux de Medi@LAB-Genève

 

 

Références:

Konbini. (2019, janvier 2). 5 conseils pour débusquer les fake news [Fichier vidéo]. Consulté à l’adresse https://www.youtube.com/watch?v=-5BoejLNc9A
La chronique numérique – Les fake news sur le coronavirus se démultiplient – Radio. (2020, avril 28). Consulté à l’adresse https://www.rts.ch/play/radio/la-chronique-numerique/audio/la-chronique-numerique-les-fake-news-sur-le-coronavirus-se-demultiplient?id=11143594
Perrier, F. (2018, octobre 26). Fake news : 6 outils pour les traquer. Consulté à l’adresse https://www.frenchweb.fr/fake-news-6-outils-pour-les-traquer/339248
Seydtaghia, A. (2019, septembre 27). Roger McNamee: «Facebook crée une poupée vaudoue de nous». Le Temps. Consulté à l’adresse https://www.letemps.ch
Seydtaghia, A. (2020, mars 17). Coronavirus: Facebook, Amazon et Google sont des pompiers pyromanes. Le Temps. Consulté à l’adresse https://www.letemps.ch

La «Googlization des médias»: un changement de paradigme

Written by Giacomo A.. Posted in "Googlization" et transformation digitale, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

La «Googlization des médias»: un changement de paradigme

La «Googlization des médias» correspond à un changement de paradigme. Il s’agit du passage d’un modèle de presse traditionnel à un nouveau, centré sur les grands acteurs du numérique. Ce nouveau modèle, basé sur la transformation digitale, crée une concentration des médias et transforme l’information en bien public.

Du modèle traditionnel de la presse à la «Googlization des médias» 

Dans l’ancien modèle de presse, les journaux définissaient une ligne éditoriale finalisée à la création d’une information et d’une audience. La presse fonctionnait donc sur un marché à deux versants: les recettes d’un journal étaient basées d’un côté sur le paiement des lecteurs et de l’autre côté sur les ressources de la publicité. 

Orl’information est aujourd’hui consommée avant tout sur les réseaux sociaux et sur le Web. En outre, la majorité des recettes de la publicité est vampirisée par les grands acteurs du numérique, avec les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) en figure de proue. Ces éléments ont favorisé l’émergence d’un nouveau modèle, celui de la  «Googlization des médias», introduit par les professeurs Badillo (Université de Genève) et Bourgeois (Université de Fribourg).  

Selon ce nouveau modèle, les médias recherchent avant tout du trafic sur le web et non plus de l’audience. La ligne éditoriale disparaît donc au détriment des données et du trafic de ces dernières. Voici les points clés qui caractérisent la «Googlization des médias». 

La concentration des médias, conséquence de la «Googlization»

La concentration des médias ne cesse d’augmenter en Suisse. En conséquence, le pluralisme diminue et les médias se concentrent toujours davantage.

En effet, les quatre grands groupes suisse(RingierTamediaAdmeira et NZZ) équivalaient à 54% du marché en 2005, alors qu’en 2017 le pourcentage s’élevait à 81%.

Aujourd’hui l’information de qualité se raréfie de plus en pluspuisque les entreprises du numérique se focalisent sur le trafic des données, point central de la «Googlization des médias». 

À titre d’exemple, Facebook et Google contrôlent les flux entrants du journal «Le Temps». En effet, en comparant la source de trafic des réseaux sociaux et celle dérivante des moteurs de recherche, le résultat est le suivant: 86% du trafic dérive de Facebook, tandis que 99% (ouivous avez bien lu!) provient de Google. 

Vous pouvez donc constater que Google et Facebook ont la mainmise sur les flux entrants de données menant à la majorité des médias! 

L’information devenue bien public 

En parlant d’information, nous nous référons à une information de qualitéessentiellement produite par la presse écrite. Le passage à l’ère de la «Googlization» fait de l’information un bien public. Un bien public est par définition non excluable, et non rivalEn effetl’information est non excluable car elle circule amplement via les sites web et les réseaux sociaux ; elle est non rivale, car la lecture d’un article online nen privera pas quelqu’un d’autre. 

Nous en revenons à la notion de gestion du trafic et des Data, objectif prioritaire des acteurs du numérique. En effet, ces derniers ne produisent pas d’information, mais ils se limitent à la polariser au moyen du trafic des données. Le grand perdant se trouve être la presse qui voit fuiter son information de qualité tout en perdant ses recettes publicitaires au détriment des grands acteurs du numérique.

Comment la Presse va-t-elle renouveler son modèle pour faire face à cette information rendue accessible gratuitement?

La suite dans les prochains articles!

GA de l’équipe Medi@lab