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Les piliers des médias traditionnels sous la pression des changements de réseaux

Written by Eva Pauline M.. Posted in La Galaxie de Gutenberg, premier âge des "mass media", Les piliers des mass media : vers une modification des paradigmes, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

MOOC « Innovation, Médias et Transformation Digitale »

Le constat à l’heure du Web 2.0 est sans appel : les médias de l’ère Gutenberg sont remis en cause. Mais alors quels sont les piliers de ces médias traditionnels dits de masse, et par quel phénomène se voient-ils mis en danger de la sorte ?
Une réponse sous l’angle des changements d’utilisation des réseaux.

Les 3 piliers des médias de masse

Les médias imprimés sont caractéristiques du 19ème siècle : machinerie gigantesque, industrie lourde, bref, un capital investi colossal. Mais à l’heure du numérique, les piliers clés de ces médias traditionnels se voient remis en cause.

Mais alors, quels sont ces piliers ?
Selon le professeur Badillo, il existe « 3 piliers des médias de masse » (P.-Y. Badillo), ainsi définis :

  1. Contenu
  2. Distribution
  3. Supports

Par rapport à la Galaxie Gutenberg, le premier pilier, soit la production de contenu, ne se voit pas vraiment ébranlé à l’ère digitale. Par contre, le changement majeur se situe au niveau du second pilier, autrement dit, autour de tout ce qui concerne la distribution. Concrètement, avec la poussée du numérique, nous n’avons plus besoin de rotatives ni de moyens de transports pour assurer la distribution, comme cela était le cas avec les journaux traditionnels. Désormais, les médias sont consultables en 1 clic, via le numérique et l’univers de ces médias de masse se voit donc considérablement révolutionné du fait d’un recul des contraintes techniques.

La distribution et les changements d’utilisation des réseaux 

« Dès le xixe siècle, les réseaux – chemin de fer, eau, gaz et électricité – exercent de puissants effets structurants sur l’économie. C’est aussi le cas des réseaux de télécommunications qui, aujourd’hui, constituent le cœur de nos économies » (Patrick-Yves Badillo et Dominique Roux, 2009). En effet, en quelques années, les réseaux ont eux aussi subi une véritable révolution. Nous sommes ainsi passés des réseaux de diffusion « classiques » hiérarchisés (descendants de masse) aux réseaux maillés point à point (personnalisés et ciblés). Les réseaux hiérarchisés (également appelés « en arbre ») permettent aux utilisateurs d’être connectés les uns aux autres, via un appareil central qui contrôle les différentes connexions et le trafic sur le réseau. Alors que les réseaux maillés point à point possèdent un mode de transfert différent. Dans un réseau maillé, n’importe quel appareil du réseau peut servir de plateforme ou de point central, et, dans certains cas, le réseau peut même ne pas avoir de point central du tout. Il n’y a donc pas cette notion de hiérarchie centrale, mais une topologie « en filet ».

Ci-dessous, un exemple des deux types de réseaux mentionnés.

Un réseau hiérarchisé (Source : Wikipedia)

Un réseau maillé (Source : Wikipedia)

 

 

 

 

 

 

 

Avec ce changement d’utilisation des réseaux, nous sommes donc entrés dans une communication de masse personnalisée, qui entraîne à son tour une consommation de masse personnalisée. On dépasse la simple consommation d’un produit médiatique, et on entre dans une logique de distribution et de relation « ultra-ciblées ». Il devient désormais possible de combiner « action de masse » avec une diffusion plus sélective en fonction de la cible visée. On dépasse donc le stade d’une interactivité qui était très limitée jusque-là et on passe d’une logique pull, à une logique push où l’information est poussée vers les consommateurs. Pour les médias, cela a pour conséquence une modification de leurs modèles économiques, que nous vous invitons à découvrir dans notre second article « Le nouveau modèle économique des médias de masse » écrit par mon collègue Sven Grossenbacher.

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Références 

Badillo, P.-Y. « Module 1 : Innovation et médias » [notes prises dans le cadre du cours Innovation, médias et transformation digitale], Université de Genève.

Badillo, P.-Y. & Roux, D. (2009). Les 100 mots des télécommunications. Paris cedex 14, France: Presses Universitaires de France.

Introduction aux réseaux maillés. Consulté à partir de https://commotionwireless.net/fr/docs/cck/networking/intro-to-mesh/

Les médias de masse et les limites de leur efficacité. Consulté à partir de http://tpe-influencedesmedias.e-monsite.com/pages/ii-les-medias-de-masse-et-les-limites-de-leur-efficacite.html#page1

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Eva MacNeill

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Les agences de presse face au numérique

Written by Eva Pauline M.. Posted in La Galaxie de Gutenberg, premier âge des "mass media", Les agences de presse : institutions du passé ou médias d'avenir ?, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

MOOC « Innovation, Médias et Transformation Digitale »

Dans une société caractérisée par une presse ébranlée d’un côté et un monde numérique en constant essor de l’autre, les grandes agences de presse mondiales se voient fortement remises en cause. Mais alors, pourquoi la crise des médias actuelle menace-t-elle l’existence de ces acteurs clés de l’information ? 

Un contexte de crise de la presse dans un monde toujours plus digitalisé

En 2020, et depuis plusieurs années, il est indéniable que la presse est en grande difficulté. Aussi bien en Suisse que dans le reste du monde, cette dernière est touchée de plein fouet par la révolution numérique et se voit désormais présentée comme un secteur en perdition. Que ce soit au niveau des recettes publicitaires (elles étaient de 2,5 milliards de francs suisse en 2008 vs. environ 1,2 milliards désormais), de la monétisation, de la production de contenus ou de la distribution, le constat d’une crise est sans appel.

Graphique représentant la chute massive du nombre de tirages en Suisse        (MOOC Module 3 : Economie et management des médias, Leçon 1 : L’économie des médias, Séquence 1 : Les médias traditionnels : une crise économique violente)

Mécaniquement, les agences de presse ont donc été impactées directement et fortement par cette crise profonde des médias et de la presse. Du fait que les recettes publicitaires des médias traditionnels aient été diminuées, ils ont délaissé les agences de presse et ont arrêté leurs abonnements à celles-ci. (P.-Y. Badillo, 2020).

La pêche aux infos via les réseaux sociaux et le Web

Dans une société de l’information telle que la nôtre, énormément d’information circule, et cela sur un grand nombre de plateformes. Un contexte que l’on peut caractériser de everyone can be the media permet ainsi à tout un chacun d’agir en journaliste, d’émettre de l’information et des opinions, entraînant une modification totale des modes de consommation de l’information. L’intérêt d’être abonné aux agences de presse se voit donc amoindri. Ainsi, le numérique bouleverse à la fois la manière de s’informer et le financement de l’information.

En effet, d’une part les internautes se sont déplacés sur Internet pour vaquer à leurs pratiques informationnelles, et d’autre part, le marché publicitaire a cessé de donner du budget aux médias pour le confier aux géants comme Google ou Facebook, via lesquels les internautes accèdent aux informations. La crise des médias se fait donc sur le plan des usages, mais également sur un plan économique. (D. Cardon, 2019).

Un moyen pour la survie des agences de presse : les redevances ?

Mais alors, les agences de presse peuvent-elles se réinventer et continuer à subsister ? Le monde politique peut-il et doit-il sauver les agences de presse, telle que l’Agence télégraphique suisse (ATS) ?

En tout cas, c’est ce qu’affirme notamment le journal Le Temps : « A notre avis, seule cette nouvelle forme de financement (financement du journalisme), avec des aides d’Etat, qui existe à satisfaction dans les pays scandinaves ou en France sera à même d’enrayer la destruction graduelle du tissu journalistique. »

Pour plus d’informations quant à l’avenir des agences de presse, nous vous invitons à lire notre deuxième article « Des alliances pour survivre ou le destin incertain des agences de presse » écrit par Sven Grossenbacher ainsi que l’interview de Pascal Broulis, directeur vaudois des finances.

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Références 

Badillo, Patrick-Yves. « Module 1 : Innovation et médias » et « Module 3 : Economie et management des médias » [notes prises dans le cadre du cours Innovation, médias et transformation digitale], Université de Genève

Cardon, Dominique. « Les médias face à la révolution numérique », Culture numérique. Sous la direction de Cardon Dominique. Presses de Sciences Po, 2019, pp. 247-260

Le Courrier : « L’agence de presse a besoin d’aide »

Le Temps : « Crise de la presse : il est urgent d’agir »

Pigeat, Henri. « L’avenir des agences de presse mondiales », Commentaire, vol. numéro 129, no. 1, 2010, pp. 135-142.

Quinze Minutes (RTS) : « L’ATS, toujours d’actualité ? »

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Eva MacNeill

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Société numérique : quel avenir pour le livre ?

Written by Eva Pauline M.. Posted in La Galaxie de Gutenberg, premier âge des "mass media", Le livre : de son origine à sa numérisation, MOOC Innovation, médias, transformation digitale

Dans un monde toujours plus numérisé et digitalisé, un médium tel que le livre papier va-t-il perdurer et réussir à s’adapter ? Au contraire, le livre numérique peut-il totalement éradiquer le livre classique ? Retour sur cette transition numérique. 

©Pixabay

Avec l’avènement du numérique et le développement de nouvelles technologies et d’outils toujours plus tournés vers le digital, l’avenir du livre papier peut sembler incertain. En effet, toutes ces innovations auxquelles nous faisons face dans ce « monde bouillonnant du numérique » (P.-Y.Badillo) se posent comme l’un des grands défis auquel le domaine de la culture doit faire face. Ceci vaut notamment pour les différents médias classiques tels que le livre. Récemment, nous avons ainsi pu voir un « boom » du marché des livres électroniques et avec lui, un bouleversement de nos habitudes de consommation des biens culturels que sont les livres. Ainsi, avec ces livres digitaux, nous assistons à une révolution des structures du support matériel de l’écrit, des pratiques de lecture et du mode de production et de communication.

L’avenir du livre à l’ère du numérique ?

Si l’on veut comprendre la dynamique des différents médias, l’un des outils clés pour faire cela est sans aucun doute la courbe en S. Cette approche épidémiologique de l’innovation théorisée par le sociologue et statisticien Everett Rogers, nous a été exposée par le professeur Patrick-Yves Badillo dans le Module 1 du MOOC (Innovation et médias). L’observation de cette courbe nous permet ainsi d’observer que le livre est né en 1855, a eu son âge d’or dans les années 1920-1930, puis a entamé un déclin. Par la suite, il s’est adapté avec l’apparition du livre de poche juste avant la seconde guerre mondiale, et a ainsi pu retrouver une nouvelle dynamique jusque dans les années 80. Après 1980, il a connu une nouvelle crise et de nos jours, n’a pas disparu mais tente de s’adapter au numérique et de trouver sa place dans un monde digitalisé. Ainsi, si l’on prend cette courbe « S-Média », on voit que tout médium suit cette logique : innovation, pénétration, pic, déclin et adaptation.

En ce qui concerne le nouveau média qu’est le livre numérique, deux scénarios principaux semblent se dégager quant à son avenir.

Un premier scénario dans lequel les ventes de livres numériques viennent simplement s’ajouter à celles du livre papier.

Et un second scénario où il se produirait une « cannibalisation » du livre digital sur le livre papier : les ventes de livres numériques viendraient largement prendre le dessus sur les livres papier.

Comme on le voit avec ces deux possibilités de scénarios, la courbe en S du livre digital ne peut pas encore être réalisée avec certitude étant donné que nous sommes encore au début de cette innovation et probablement dans cette phase de « pic » décrite par Rogers.

Des pronostics mitigés 

Il est donc difficile de prédire ce qu’il peut se passer, mais il est à noter que là où la presse a été fortement touchée et affaiblie par les évolutions numériques, le livre a plutôt l’air d’avoir fait preuve de résilience. En 2016, Arnaud Nourry, PDG de Hachette déclarait ainsi que la courbe du livre numérique qui semblait monter en puissance était en réalité actuellement entrain de s’inverser. « Ce phénomène s’est arrêté depuis deux ans environ, aux Etats-Unis, et on observe désormais un déclin. Au fond, je me demande si les lecteurs numérique ne se demandent pas à quoi ça sert « . Selon Nourry, aux Etats-Unis les ventes se répartissent « à 25% pour le numérique, 75% pour le papier ».

D’autres, comme le célèbre écrivain et « futurologue » Tom Cheesewright, déclarent l’inverse : « Les statistiques de l’e-book sont complètement fausses : elles ne tiennent compte que des éditeurs installés, aussi mesure-t-on mal la chose. […] Si vous englobez tous les différents modèles de publication pour les livres numériques à ce jour, leur ascension a été véritablement spectaculaire. Et en volume, ils dominent complètement le marché des livres imprimés ; ils n’ont pas décliné du tout. Ce qui a en revanche décliné, ce sont les parts de marché que détenaient les grands éditeurs. »

En conclusion, les prédictions face à l’avenir du livre semblent multiples et variées. De nos jours, il semble donc difficile de trancher sur cette question. Peut-être faut-il voir en cette révolution et omniprésence numérique, une chance pour le livre papier de se démarquer et de gagner en valeur ?

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Références 

Patrick-Yves Badillo « Module 1 : Innovation et médias » [notes prises dans le cadre du cours Innovation, médias et transformation digitale], Université de Genève

www.senat.fr : La politique du livre face au défi du numérique (Chapitre 2 : Le développement du livre numérique)